recomposition familiale

Recomposition familiale : des défis à relever

Philippe Charmillot, est responsable de la pastorale des familles du Jura pastoral.
Il est père de famille.

Une famille est déjà un exercice de construction délicat. Il est d’autant plus difficile de recomposer sa famille. De nombreux défis attendent les membres concernés. Pour l’enfant : comment habiter avec le compagnon ou la compagne de son parent avec lequel il n’a rien vécu et qui lui est imposé ? Aimer l’autre choisi par son père ou sa mère est une situation parfois difficile à vivre pour l’enfant. Accepter d’être « l’enfant » d’une personne qui n’est pas votre parent, cela nécessite du temps et l’expression possible de ses peurs et besoins pour s’adapter à ce changement fondamental. Ou encore, lors de l’arrivée d’un bébé au sein du nouveau couple : comment rassurer l’enfant que ce nouveau venu ne va pas lui prendre sa place car il restera unique et irremplaçable aux yeux de son parent ?

Besoin de temps

Pour l’adulte : comment comprendre l’éventuel refus de son enfant d’accepter le nouveau partenaire ? Ou l’enfant de la conjointe qui n’accepte pas d’emblée ce nouvel arrivant ? Sans doute, en réalisant que des jeunes fragilisés par la séparation de leurs parents ont besoin de temps pour accepter un « étranger » et qu’il y a des étapes à respecter dans l’apprivoisement mutuel. La famille recomposée implique donc un savoir-faire : accueillir, protéger, respecter, parler, clarifier. Et rallier les différentes personnes à un projet commun, à des valeurs humaines et spirituelles identiques. L’équilibre peut parfois être instable, mais cet ajustement, la transparence et la communication ne pourraient-elles pas devenir les forces les plus sérieuses de la vie de la nouvelle famille ?

Consentir au réel et rendre grâce

Consentir au réel et rendre grâce

Comment garder le cap de l’espérance quand l’espoir d’une amélioration de la situation sanitaire s’effrite de semaines en semaines ? Et si cette situation allait encore durer plusieurs mois ? Où trouver la force de tenir face à un réel si contraignant et frustrant, qui ne correspond pas vraiment à nos plans et projets ?

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Pardonner. Quand même.

Pardonner. Quand même.

Cette année, en préparant des enfants au sacrement du pardon comme catéchiste, je me suis retrouvée face à un cas de conscience : comment expliquer la beauté du pardon aux enfants, l’importance de se remettre en question et de pardonner, alors que moi-même, je me retrouve bloquée dans une situation blessante dans laquelle il m’est si difficile de pardonner ?

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Consentir au réel et rendre grâce

Hélène Constantin est formée en physiothérapie et en philosophie, mère au foyer et catéchiste. Photographe familiale, elle est maman de quatre enfants et mariée à Nicolas.

Une nouvelle année commence dans un contexte tout de même assez unique : cette pandémie s’éternise, et nos espoirs ont tendance à tourner en leurs contraires. Les restrictions continuent, changent sans cesse, les quarantaines nous guettent de semaines en semaines, et nos enfants frustrés commencent à nous pousser au bout de nos ressources de super mamans mandatées pour remonter en permanence le moral de la troupe. 

face au réel 

Comment garder le cap de l’espérance quand l’espoir d’une amélioration de la situation sanitaire s’effrite de semaines en semaines ? Et si cette situation allait encore durer plusieurs mois ? Où trouver la force de tenir face à un réel si contraignant et frustrant, qui ne correspond pas vraiment à nos plans et projets ?

Cette pandémie est une loupe qui met en évidence ma façon d’envisager mon quotidien. Je peux appréhender le réel de trois façons différentes. Tout d’abord, je peux attendre qu’il corresponde à mes projets, à ma vision du bonheur, à mon idée de vie idéale. Sans cesse dans l’attente que les autres ne me déçoivent pas, et que mes plans se déroulent comme prévu, je cherche à maîtriser la réalité, à la capter, à la posséder. Surtout éviter d’être déçue. Avec un tempérament volontaire, et une certaine force mentale, cette façon de vivre peut fonctionner pendant des années. Expérience faite. Bon, je vous l’accorde, ce virus est alors très déstabilisant !

La seconde façon de voir ma situation, est d’arrêter de vouloir gérer, ce qui est positif, mais de cesser d’espérer. Arrêter de vouloir maîtriser les gens et les situations, arrêter de trouver des solutions pour que tout le monde soit heureux autour de moi, à chercher à éviter le plus de situations frustrantes pour mes enfants chéris. Fatiguée d’être sans cesse à m’appuyer sur ma volonté, mon orgueil et mon perfectionnisme naturel, je peux être tentée de laisser tomber mes attentes, de déprimer, et de commencer à voir le mal partout. De toute façon, cette pandémie me prouve que je n’y arrive pas, que ça ne sert à rien de tenter de faire encore des projets puisqu’ils tombent à l’eau les uns après les autres. Et les autres ? Ils me déçoivent aussi sans cesse, jusqu’à ne plus rien vouloir attendre d’eux. A quoi bon finalement ? J’attends que Jésus revienne, et en attendant, je me nourris de mon attitude dépressive.

La troisième attitude se dévoile après être passée par les deux premières : il s’agit de consentir au réel.

consentir

Consentir, c’est aussi arrêter de vouloir tout gérer, mais sans désespérer. Au contraire même ! Il s’agit d’entrer enfin dans l’espérance. En accueillant le réel qui m’est donné, sans vouloir le maîtriser, et sans vouloir que les autres rentrent dans mes plans, je rentre dans une attention au réel, qui devient contemplation. Je peux alors percevoir mon quotidien comme un don permanent, et rentrer dans une démarche de gratitude. Puisque Dieu est là, instant après instant, puisque ce réel est le mien et qu’il m’est donné, alors… tout est bien. Ce n’est pas une méthode psychologique pour faire abstraction des obstacles et des combats qui sont les miens, mais bien une nouvelle manière de les accueillir comme des lieux de croissance humaine et spirituelle.

Peut-être que dès demain je serai mise en quarantaine. Peut-être que la maîtresse d’un des enfants va nous demander de faire tester notre enfant, peut-être qu’ils devront porter encore le masque pendant des mois, et peut-être qu’il va falloir encore patienter pour arriver à monter tel projet ou tel voyage en famille. Le réel va certainement encore me décevoir régulièrement. Mais il ne me fera pas désespérer, car mon espérance a déjà surmonté le désespoir, comme le dit si bien le philosophe Martin Steffens :  

Et contempler ce qui se donne

« …l’art de consentir (au réel) distingue deux choses que l’on confond souvent : l’espoir et l’espérance. L’espoir, parce qu’il peut être déçu, risque toujours de se retourner en son contraire. L’espérance, quant à elle, a déjà surmonté le désespoir. Car l’espoir est fondamentalement attente : attente angoissée ou impatiente de ce qui n’est pas encore. L’espérance, quant à elle, est attention à ce qui se donne. L’espoir vise l’avenir : l’espérance se conjugue au présent et contemple ce qui s’y donne. Elle vit de ce qui se révèle, au cœur de l’abîme, comme participant du Bien. De l’homme qui, dans sa vie, est tombé cent fois, l’espérance retiendra que cent fois il s’est relevé. Parce qu’elle est par essence réception à ce qui se donne, l’espérance est sauve de ce qui menace tout espoir : la déception. » 

Martin Steffens, Petit traité de la joie