Les mots de Dieu dans les mots de l’homme

L’abbé Joël Pralong est prêtre du diocèse de Sion et auteur de nombreux ouvrages de spiritualité.
Il est supérieur du Séminaire de son diocèse.

Des mots qui défigurent ou des mots qui transfigurent l’image de Dieu dans la pensée des enfants. Le défi de la foi à relever.

1 – Le pouvoir des mots

Ces mots qui nous ont fait du tort, infligé des maux, creusé des blessures à vif, modelé des personnalités tordues, construit des blindages de protection, cassé des espérances, brisé des rêves… Ou bien venus éveiller des « Mozart » endormis et préparé de ces hommes et femmes capables de laisser des traînées de lumière derrière eux. Parce que la parole entendue leur a donné confiance en eux-mêmes, aux autres, à Dieu. L’homme se construit en tant que verbe, il s’identifie à la parole qu’il entend. Nous devenons parole, elle nous marque à jamais. C’est pourquoi la parole peut se retourner contre soi et nous blesser profondément. « On ne connaît jamais le cheminement d’une parole dans un cœur humain », dit saint Bernard.

Plus que des mots, Dieu veut se faire Parole, Verbe, et pénétrer la chair de chacun, en déceler les maux, les apaiser, les soigner, les guérir. La religion, c’est la chair de Dieu par laquelle il nous touche, nous guérit, nous fait grandir, nous estime… « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. » (Jn 1,14)

2 – Les mots qui nourrissent l’estime

Je revois cet enfant montant l’imposant escalier de bois accroché au deuxième étage de la maison, presque à quatre pattes. A chaque marche, il crie « Maman ! », qui lui répond : « Oui, je suis là, vas-y ! » Et arrivé au sommet de son épreuve, il gigote de joie d’avoir réussi l’épreuve, poussé par les encouragements de sa mère. Les mots qui font grandir, qui responsabilisent, qui construisent… Tandis que d’autres, inversés, auraient freiné la lente ascension vers l’autonomie et la confiance : « Non, attends, tu vas te faire mal, tu n’y arriveras pas tout seul, laisse-moi faire ! » Ou bien ces mots qui excluent, isolent et empêchent la personnalité d’émerger : « Tu es insupportable, va dans ta chambre ! Tu me tues, tu ne changeras jamais, disparais … ! » Qui peuvent être remplacés par d’autres, favorisant la responsabilité, l’estime réciproque : « Viens près de moi, on va parler ! Je suis tellement fatigué, donne-moi un bisou ! Et si on allait faire les courses ensemble, tu pourrais m’aider… ! Tiens, comme on est tous excité, on fait faire une promenade, un jeu, etc. » A chacun ses trouvailles.

3 – Dieu est entré dans notre famille

Les mots ne tombent pas du ciel ! Ils s’inscrivent dans une ambiance d’amour, de paix, de foi. J’aime dire que le premier évangile des tout-petits, ce sont les genoux de la maman. Le saint Curé d’Ars, d’un trait de paroles dont il avait le secret, lançait : « L’amour de Dieu passe directement du cœur de la maman dans celui de son enfant ! » Un petit souvenir me vient à l’esprit. Entre 3 et 4 ans, je me souviens comme si c’était hier, de l’attitude de ma mère lorsque nous allions à la messe. Petit, j’étais un véritable « bougeaillon » à l’église, impossible de calmer cet hyperactif de gamin. Mais, au moment de la consécration, ma mère, concentrée sur le mystère, s’évaporait comme dans un autre monde. Elle n’était plus là. Et je savais qu’à cet instant précis, il ne fallait pas la déranger : elle conversait avec quelqu’un d’autre que moi, et je n’en étais pas jaloux ! Et puis un jour, je compris de qui il s’agissait… C’est elle qui m’a transmis la foi en l’Eucharistie…, comme un grand moment d’amour… Par son attitude !

4 – Les mots qui ouvrent à la prière

L’enfant percevra Dieu à travers ses parents et la manière dont ils le prient. Il le sentira proche et aimant, tout comme eux. D’où l’importance des mots, des attitudes : « Dieu n’est qu’amour, tu peux lui parler dans le fond de ton cœur… Et même si tu fais une grosse bêtise, Dieu ne cessera jamais de t’aimer… Quand tu es triste Dieu aussi est triste, parce que tu es son enfant bien-aimé, il veut te consoler… Tu peux lui faire confiance… Ce n’est pas lui qui a volé ton grand-papa, mais c’est la mort, mais Dieu était là pour casser la mort et l’emmener au ciel avec lui… » A l’inverse de ces mots qui creusent des maux : « Dieu voit tout ce que tu fais, il t’observe… Si tu ne veux pas faire ta prière, Dieu n’est pas content… Si tu n’es pas gentil, Dieu est fâché, tu n’iras pas au ciel, etc. Mais non ! Dieu est ton ami, simplement, il t’attend… » Il faut éviter de laisser pressentir un Dieu qui juge, culpabilise, et s’éloigne. C’est notre conscience qui nous juge et défigure Dieu sous l’effet de la peur. n’est jamais là pour blesser, mais toujours pour guérir et pardonner. Il serait bon, en famille, d’aller dans les évangiles ces paroles qui font du bien, qui nous estiment et suscitent en retour les mots de la prière.

5 – Pour aller plus loin

Pour aider les adultes à aller plus loin : Joël Pralong, les mots qui blessent, la Parole qui guérit, éditions Cabédita, 2018.

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L’abbé Joël Pralong est prêtre du diocèse de Sion et auteur de nombreux ouvrages de spiritualité. Il est supérieur du Séminaire de son diocèse.

Des mots qui défigurent ou des mots qui transfigurent l’image de Dieu dans la pensée des enfants. Le défi de la foi à relever.

1 – Le pouvoir des mots

Ces mots qui nous ont fait du tort, infligé des maux, creusé des blessures à vif, modelé des personnalités tordues, construit des blindages de protection, cassé des espérances, brisé des rêves… Ou bien venus éveiller des « Mozart » endormis et préparé de ces hommes et femmes capables de laisser des traînées de lumière derrière eux. Parce que la parole entendue leur a donné confiance en eux-mêmes, aux autres, à Dieu. L’homme se construit en tant que verbe, il s’identifie à la parole qu’il entend. Nous devenons parole, elle nous marque à jamais. C’est pourquoi la parole peut se retourner contre soi et nous blesser profondément. « On ne connaît jamais le cheminement d’une parole dans un cœur humain », dit saint Bernard.

Plus que des mots, Dieu veut se faire Parole, Verbe, et pénétrer la chair de chacun, en déceler les maux, les apaiser, les soigner, les guérir. La religion, c’est la chair de Dieu par laquelle il nous touche, nous guérit, nous fait grandir, nous estime… « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. » (Jn 1,14)

2 – Les mots qui nourrissent l’estime

Je revois cet enfant montant l’imposant escalier de bois accroché au deuxième étage de la maison, presque à quatre pattes. A chaque marche, il crie « Maman ! », qui lui répond : « Oui, je suis là, vas-y ! » Et arrivé au sommet de son épreuve, il gigote de joie d’avoir réussi l’épreuve, poussé par les encouragements de sa mère. Les mots qui font grandir, qui responsabilisent, qui construisent… Tandis que d’autres, inversés, auraient freiné la lente ascension vers l’autonomie et la confiance : « Non, attends, tu vas te faire mal, tu n’y arriveras pas tout seul, laisse-moi faire ! » Ou bien ces mots qui excluent, isolent et empêchent la personnalité d’émerger : « Tu es insupportable, va dans ta chambre ! Tu me tues, tu ne changeras jamais, disparais … ! » Qui peuvent être remplacés par d’autres, favorisant la responsabilité, l’estime réciproque : « Viens près de moi, on va parler ! Je suis tellement fatigué, donne-moi un bisou ! Et si on allait faire les courses ensemble, tu pourrais m’aider… ! Tiens, comme on est tous excité, on fait faire une promenade, un jeu, etc. » A chacun ses trouvailles.

3 – Dieu est entré dans notre famille

Les mots ne tombent pas du ciel ! Ils s’inscrivent dans une ambiance d’amour, de paix, de foi. J’aime dire que le premier évangile des tout-petits, ce sont les genoux de la maman. Le saint Curé d’Ars, d’un trait de paroles dont il avait le secret, lançait : « L’amour de Dieu passe directement du cœur de la maman dans celui de son enfant ! » Un petit souvenir me vient à l’esprit. Entre 3 et 4 ans, je me souviens comme si c’était hier, de l’attitude de ma mère lorsque nous allions à la messe. Petit, j’étais un véritable « bougeaillon » à l’église, impossible de calmer cet hyperactif de gamin. Mais, au moment de la consécration, ma mère, concentrée sur le mystère, s’évaporait comme dans un autre monde. Elle n’était plus là. Et je savais qu’à cet instant précis, il ne fallait pas la déranger : elle conversait avec quelqu’un d’autre que moi, et je n’en étais pas jaloux ! Et puis un jour, je compris de qui il s’agissait… C’est elle qui m’a transmis la foi en l’Eucharistie…, comme un grand moment d’amour… Par son attitude !

4 – Les mots qui ouvrent à la prière

L’enfant percevra Dieu à travers ses parents et la manière dont ils le prient. Il le sentira proche et aimant, tout comme eux. D’où l’importance des mots, des attitudes : « Dieu n’est qu’amour, tu peux lui parler dans le fond de ton cœur… Et même si tu fais une grosse bêtise, Dieu ne cessera jamais de t’aimer… Quand tu es triste Dieu aussi est triste, parce que tu es son enfant bien-aimé, il veut te consoler… Tu peux lui faire confiance… Ce n’est pas lui qui a volé ton grand-papa, mais c’est la mort, mais Dieu était là pour casser la mort et l’emmener au ciel avec lui… » A l’inverse de ces mots qui creusent des maux : « Dieu voit tout ce que tu fais, il t’observe… Si tu ne veux pas faire ta prière, Dieu n’est pas content… Si tu n’es pas gentil, Dieu est fâché, tu n’iras pas au ciel, etc. Mais non ! Dieu est ton ami, simplement, il t’attend… » Il faut éviter de laisser pressentir un Dieu qui juge, culpabilise, et s’éloigne. C’est notre conscience qui nous juge et défigure Dieu sous l’effet de la peur. n’est jamais là pour blesser, mais toujours pour guérir et pardonner. Il serait bon, en famille, d’aller dans les évangiles ces paroles qui font du bien, qui nous estiment et suscitent en retour les mots de la prière.

5 – Pour aller plus loin

Pour aider les adultes à aller plus loin : Joël Pralong, les mots qui blessent, la Parole qui guérit, éditions Cabédita, 2018.

 

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